DEMARCHE

Tout commence très jeune autour d’une pratique intensive de la danse classique pour ensuite s’en éloigner et découvrir le pouvoir expressif de la danse contemporaine qui amène l’artiste à questionner les codes d’apprentissage, mais aussi les codes de représentation scénique.

Ensuite c’est une grande collision entre les arts plastiques et la danse où Fanny Pentel emploie diverses techniques comme la photographie, le moulage, l’aquarelle, la vidéo afin de nourrir une réflexion nébuleuse autour du corps en mouvement. Danser ne lui suffit plus. Le mouvement devient à la fois nécessaire et vain. Elle veut saisir le corps de l’intérieur. Une nouvelle danse apparaît, où dialogue mouvements et images, perceptions ressenties et montrées.


Le corps est son objet d’étude et à travers lui l’artiste s’intéresse à ce qui rend possible le mouvement.


Son travail photographique plus spécifiquement tourné vers la danse, se trouve à la croisée de l’art de l’éphémère et de la trace, avec ce besoin pour elle de garder en mémoire ces mouvements à tout jamais perdus. La photographie permet alors à l’instant de perdurer  (La fuite). Fanny Pentel photographie le corps du dessus afin de concevoir une notation dansée. Elle moule des bustes comme pour figer les postures (Chrysalide).


Afin de s’approcher au plus profond fonctionnement du corps, elle récupère depuis dix ans des radiographies ; les siennes, celles de proches ou d’anonymes ; elle réorganise, à travers des collages et montages, les organes du corps humain en fonction de sensations dansées vécues (Notation).


Le déplacement sous plusieurs formes est au cœur de sa démarche. Lors de ses voyages, elle filme la foule, photographie les gens et les redessine une fois rentrée, comme pour happer le mouvement physique mais aussi ce qui l’anime. Les différentes postures corporelles l’interpellent, elle les questionne à travers la danse mais aussi la photographie et l’aquarelle. Le travail gestuel et iconique lui donne l’impression de s’approcher au plus près des gens (Sisyphe encore… et Postures).
De retour en France, le voyage continu à travers un micro-déplacement au cœur de l’épiderme. Ces nombreux échantillons de peaux de personnes de son entourage, prélevés par la photographie sont autant de recherches pour comprendre ce territoire intime qu’est l’enveloppe corporelle. Fanny Pentel perçoit cette enveloppe comme étant à la fois une protection et un dévoilement de soi. Fixées sur le papier, ces peaux sont conservées telle quelle pour former un registre ou hybridées comme pour rapprocher les hommes. Une cartographie de l’humain, une nouvelle enveloppe voit le jour. Entre fascination et répulsion, ces prises de vue de corps en très gros plan rendent la surface du papier sensible (Surface-Peau).


Le déplacement devient un processus de création. Le mouvement se poursuit avec le projet de « Se perdre » dans la ville de manière à retrouver cet état de corps particulier quand nous sommes perdus. (Conférence d’un fou, Ballades-décomposées.) Ici, il est question d’espaces inconnus dans lesquels le corps se perd et où tout devient possible, où l’inconnu et l’inconfort deviennent espace de création. Se perdre à nouveau pour regarder, écouter, sentir autrement et réactualiser sans cesse les chemins perceptifs mis en éveil lors d’explorations de nouveaux territoires. 

Après quinze ans de pratique plastique en solo, l’artiste explore de nouveau des dispositifs collectifs comme pour se rapprocher à nouveau des démarches de création chorégraphique de ses débuts. Ces projets collectifs et collaboratifs ont vu le jour il y a six ans au sein du collectif Au Pied Levé.  Après plusieurs expériences de déambulations créatives, un processus  plus précis et plus conséquent à émergé. Le point de départ s’organise autour d’une déambulation dans un quartier de Ronchin, près de Lille. Ce déplacement, étrange aux yeux des habitants, a permis la rencontre. Muni de son appareil photographique, les gens étaient partagés entre suspicion et curiosité. Les portes se sont ouvertes ou au contraire refermées. (La Peau de la Ville). Plus récemment le collectif Au Pied Levé a travaillé avec le collectif des Femmes d’Hellemmes-Ronchin (Une Enclave dans la Ville) et élabore désormais des rencontres artistiques avec les migrants.

 

Explorer le corps et son mouvement. Explorer des espaces connus ou inconnus en se mettant en déplacement. Ces deux approches, l’une centrée sur le corps et l’autre sur  l’espace que créer le corps en mouvement sont complémentaires. Fanny Pentel continue à parcourir le corps humain, du macro-déplacement au grès de l’épiderme à la perte des repères géographiques lors des déambulations dans la ville. Du tout petit déplacement à l’engagement de tout son corps dans l’espace. L’une et l’autre de ces démarches s’alternent et s’imbriquent et répondent à un besoin croissant de réhabiter l’espace qui l’entoure en prenant le temps de la marche.

 

FANNY PENTEL

Née en 1979

Membre du collectif Au Pied Levé

fannypentel@hotmail.com

06.59.47.77.19